Une présentation clinique atypique pour un cancer : une masse dans le coeur

Par le dr Derré Guillaume, vétérinaire Hermes Plage La Calypso

Ikki est un type berger  8 ans qui présente une fatigue depuis deux jours.

Il est apathique. Il présente un pouls faiblement frappé, une fréquence cardiaque élevée et des muqueuses un peu pâle. Son poids est stable. A l’issue de l’examen, une insuffisance cardiaque de bas début est suspectée.

Une échocardiographie est réalisée et révèle :

  • une masse à la base de l’aorte de 35 mm de long et de 25 mm de diamètre
  • un coeur non modifié pour le reste de l’examen

 

 

Une suspicion de tumeur cardiaque primitive ou secondaire est évoquée en particulier la présence d’un chémodectome ou une métastase d’hémangiosarcome.

Une échographie abdominale est alors réalisée pour réaliser un bilan d’extension.

Une masse dans la rate est découverte sans autre anomalie visible.

Après discussion, une chirurgie de la rate est décidée après mise en place de réanimation médicale. La tumeur siégeant en région splénique est d’origine neuro-endocrinienne (tumeur solide lobulée à cellules granuleuses histologiquement maligne). Cette tumeur découverte dans la rate pourrait être une métastase d’un chémodectome aortique visualisé lors de l’échographie cardiaque.

Les chémodectomes aortiques représentent la deuxième tumeur cardiaque par ordre de fréquence (20-25 % des cas).Ce sont des tumeurs des chémorécepteurs aortiques, qui sont des cellules neuroépithéliales situées dans l’adventice de l’aorte, sensibles aux variations en O2, CO2, pH et température.

Ces tumeurs sont peu agressives en général, d’évolution lente et leur découverte est parfois fortuite. Un envahissement local est généralement observé, mais on peut parfois observer des métastases pulmonaires, myocardiques, péricardiques, spléniques, hépatiques, rénales et de la dure-mère. Les races brachycéphales sont surreprésentées.

La localisation de la masse lors de l’examen échocardiographique permet d’établir des hypothèses diagnostiques. Néanmoins, il a été montré que la localisation peut être inhabituelle dans certains cas, ce qui empêche d’établir avec certitude la nature de la tumeur sur la seule base de l’échocardiographie : une étude de 2013, a montré que la suspicion étiologique basée sur les critères de localisation à l’échographie, n’était exacte que dans 50 % des cas d’hémangiosarcome et dans 78 % des cas de tumeur de la base du coeur dont les chémodectomes (diagnostic global exact dans 65 % des cas), quand on la compare au diagnostic étiologique établi sur la base de l’examen histologique de ces masses. [Rajagopalan, J Vet Intern

Med, 2013].

Le pronostic est donc d’emblée sombre puisque Ikki présente une tumeur cardiaque agressive a priori.

Il est placé sous chimiothérapie métronomique à base d’endoxan (cyclophosphamide) après discussion.  Ces faibles doses sont souvent bien tolérées et ralentissent le développement de la vascularisation d’une tumeur.

Sept mois plus tard, Ikki a été en grande forme jusque là mais présente une boiterie du membre postérieur gauche depuis 3-4 jours avec une douleur dans le haut de la cuisse. Le chien a perdu quelques kilogrammes.

Une radiographie révèle une densité osseuse diminuée focalement au sein de la tête de hanche et du bassin : des métastases osseuses sont malheureusement à craindre.

Ikki est placé sous anti-inflammatoire. Des dérivés morphiniques sont recommandés en cas de douleur persitante mais jusque à présent Ikki est toujours en vie.

 

On note une diminution de la densité osseuse dans la tête du fémur et sur la cavité acétabulaire.

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