Un cas d’hypertension artérielle pulmonaire chez un jeune chihuahua

L’hypertension artérielle pulmonaire (HTAP) est une élévation soutenue de la pression systolique artérielle pulmonaire de plus de 30 mmHg. Dans le passé, le diagnostic de l’HTAP était difficile et nécessitait des procédures invasives. Aujourd’hui, l’échocardiographie cardiaque permet de diagnostiquer ce problème. De plus, elle fournit de précieuses informations sur la sévérité de l’hypertension et son impact sur le muscle cardiaque. Jusqu’à tout récemment, le pronostic de l’ HTAP sévère était sombre. Cependant, il y a des nouvelles thérapies qui peuvent améliorer le pronostic et la qualité de vie de nos compagnons.

Hulot est un chihuahua mâle de 10 mois qui est présenté en consultation de cardiologie suite à la découverte d’un souffle cardiaque détecté par son vétérinaire au moment de son adoption. Ce souffle est audible plutôt à droite du thorax et en région basale (base du cœur). Le chien ne présente aucune toux ou aucune intolérance à l’effort.

A l’examen, le chien ne présente pas de trouble du rythme. Les muqueuses sont roses pâles. Le pouls est frappé et le temps de remplissage capillaire normal.

A l’examen échocardiographique on note :

  • la présence d’une dilatation majeure du ventricule droit associé à un aplatissement du septum interventriculaire (film 1).

 

  • une dilatation du tronc pulmonaire (film 2)

  • l’absence d’anomalie valvulaire visible sur les coupes parasternales à droite.
  • une absence de communication entre les ventriculaires ou entre les atria.

Au doppler, on visualise un reflux tricuspidien important (3,9 m/Sec soit environ 60 mmHg) (photo 1) associé à un reflux pulmonaire (2 m/sec).

visualisation d'un reflux tricuspide en doppler continu chez un chien

photo 1: visualisation d’un reflux tricuspide en doppler continu chez un chien

On ne visualise par de canal artériel (absence de signe indirect au doppler pulmonaire (pas de reflux systolo-diastolique, absence au doppler couleur par abord cranial parasternal gauche).

En conclusion, Hulot présente une hypertension artérielle pulmonaire (HTAP) moyenne dont la cause reste à déterminer.

Pour écarter définitivement un canal artériel ou une communication intracardiaque, une épreuve des bulles est effectuée : l’épreuve des bulles, qui consiste en une injection de sérum physiologique contenant des bulles dans une veine périphérique, se traduit alors par un passage des bulles du ventricule droit dans le ventricule gauche ou dans l’aorte ascendante. Au moment de l’injection, l’arrivée des bulles se visualise à l’échographie et permet ainsi de voir si le cheminement des bulles est normal ou non. De même une visualisation de l’aorte abdominale est effectuée : le passage de bulles directement dans l’aorte abdominale est signe de shunt.

L’épreuve des bulles est tout à fait normal pour Hulot.

Parmi les autres causes d’HTAP que les anomalies congénitales de gauche à droite écartées, citons :

  • la dirofilariose et l’angiostrongylose (deux parasites des poumons et du cœur)
  • une maladie cardiaque gauche sévère avec augmentation de la pression dans l’atrium gauche et au niveau de la vascularisation pulmonaire (écartée par l’échographie)
  • une maladie hypoxique (bronchite chronique, maladie respiratoire obstructive, fibrose pulmonaire, infiltration tumorale pulmonaire).
  • Enfin les thrombo-embolies pulmonaires sont citées (fuite d’AT3, pancréatite, maladie hémolytique, CIVD, cancer …)

Une radiographie thoracique confirme la cardiomégalie droite et la dilatation du tronc pulmonaire sur la face (radiographie thorax profil et face). Par contre, aucune anomalie pulmonaire n’est visible. Aucune image de vaisseau pulmonaire dilaté et tortueux n’est visible.

radiographie face ; notez la dilatation du tronc pulmonaire

radiographie face ; notez la dilatation du tronc pulmonaire

 

cardiomégalie droite chez un chihuahua

radiographie profil: cardiomégalie droite chez un chihuahua

Enfin, même si le mode de vie du chien n’est pas en faveur, une recherche sanguine d’antigène d’angiostrongylus et de dirofilaria est effectuée : le résultat est négatif pour les deux tests.

En conclusion, Hulot souffre d’une hypertension artérielle pulmonaire primitive (ou idiopathique).

 Le traitement actuel consiste à prescrire du Sildenafil (Viagra, Revatio mg/kg matin et soir) qui permet de réduire la pression et les résistances au sein des artères pulmonaires. La qualité de vie est alors en général nettement augmentée. Un vermifuge (Milbemycin oxym) est donné également afin de lutter contre une parasitose de type angiostrongylose, malgré le test négatif.

Le pronostic vital d’Hulot est engagé même si la maladie peut évoluer plus ou moins lentement. L’espérance de vie va dans les meilleurs situations jusqu’à quelques années de survie.

Dans les cas sévères d’HTAP, l’animal peut présenter une intolérance à l’effort, de la faiblesse, un trouble respiratoire voire des syncopes. La toux est généralement associée à une maladie pulmonaire primitive. Enfin, en cas d’insuffisance cardiaque droite, une ascite s’installe dans l’abdomen.

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