Pathologie bucco-dentaire du chien : les affections les plus fréquentes

Pathologie bucco-dentaire du chien
Les affections les plus fréquentes

 

D’après une conférence donnée lors du Congrès vétérinaire de l’AFVAC, en novembre 2017, par François Debette, Dr vétérinaire en clientèle canine et féline à Marseille (13).

 

 

Anomalies dentaires, lésions bucco-dentaires liées à une maladie infectieuse ou à des traumatismes (…), la pathologie bucco-dentaire du chien ne se limite pas à la maladie parodontale, même si près de 80 % des chiens de plus de 3 ans présentent une forme de cette affection ! L’examen régulier de la cavité orale du chien par le vétérinaire peut permettre de détecter tôt certains problèmes, rendant le traitement plus facile et les complications moins fréquentes.

 

Les lésions bucco-dentaires les plus caractéristiques rencontrées chez le chien sont décrites ici, ainsi que certaines prédispositions raciales éventuelles.

Conséquences possibles de la maladie parodontale

La maladie parodontale résulte de l’attaque par des bactéries de la plaque dentaire, des tissus de soutien de la dent (parodonte). Dans la forme la plus classique, il se produit une récession gingivale et des poches se forment sous les gencives ( deux photos : poche parodontale ). A ce stade , l’atteinte du tissu de soutien de la dent est irréversible. Chez les bichons et les cockers, on peut observer une forme ulcérative de la maladie parodontale, très douloureuse, qui nécessite souvent de pratiquer des extractions dentaires massives.

mesure d’une poche parodontale

visualisation de la perte d’attache

Au niveau du maxillaire, lorsque la maladie parodontale n’est pas traitée à temps, l’os alvéolaire situé entre l’alvéole dentaire et la cavité nasale (naturellement peu épais) peut être détruit. Une communication s’établit entre la bouche et les cavités nasales : c’est une fistule oro-nasale d’origine dentaire photo 4. Ce type de fistule peut aussi apparaître lors de l’extraction d’une canine, quand l’extraction est effectuée sans précautions suffisantes. Les fistules sont le plus souvent observées en regard des crocs maxillaires, en particulier dans les petites races (caniches, Yorkshire, teckels …) et chez les chiens à tête étroite et allongée (lévriers).

fistule oro nasale

Les fistules liées aux canines maxillaires passent souvent inaperçues et certaines sont bien tolérées, en particulier chez les animaux âgés où les symptômes sont peut apparents. Dans d’autres cas, une fistule peut être responsable d’un jetage unilatéral, purulent ou hémorragique, ainsi que d’éternuements ou de toux, surtout lorsque le chien boit ou mange.

Dans les races petites et naines, une maladie parodontale avancée peut egalement causer une fracture de la mandibule, qui se produit généralement à un point de moindre résistance (en particulier au niveau d’une des racines de la carnassière mandibulaire).

Dents manquantes ou dents surnuméraires

Dans les races naines, les premières prémolaires ou les dernières molaires sont souvent absentes. S’il manque des dents, une radiographie est nécessaire pour exclure l’hypothèse de dents incluses sous la gencive. Ces dents dont l’éruption n’a pas eu lieu peuvent en effet être à l’origine de la formation d’un kyste. Quand c’est le cas, une masse molle peut apparaître au niveau du chanfrein ou de la mandibule. L’hypothèse d’un kyste doit être envisagée chez un chien brachycéphale qui présente une masse fluctuante en zone prémolaire.

La présence de dents surnuméraires peut s’observer sur la dentition temporaire aussi bien que définitive. Les incisives ou les premières prémolaires sont les plus souvent concernées photo 2. Il peut s’agir d’un problème héréditaire ou d’une conséquence d’un mauvais développement dentaire. Les dents surnuméraires, à cause de l’encombrement qu’elles créent, favorisent les défauts de position des dents adjacentes ainsi que le développement de la maladie parodontale.

photo 2 bis : présence de deux incisives surnumeraires chez un chien

Anomalie de position

Les canines de lait ont tendance à persister chez les chiens de petites races. Cette persistance anormale facilite l’accumulation de la plaque dentaire et la rétention de débris alimentaires. Ces dents de lait persistantes entraînent aussi une malposition des crocs définitifs, qui ne peuvent prendre leur place normale , et qui sont alors à l’origine de lésions du palais et des gencives. Dans les cas les moins favorables, Il en résulte parfois des troubles de l’occlusion ou une déviation de la mâchoire.

Chez le Shetland ou les colleys, on constate fréquemment une malposition de l’une ou des deux canines maxillaires, qui basculent vers l’avant. On parle de « canines mésialées » car, pour les spécialistes, il s’agit d’un mouvement de « mésioversion » photo 3. Un traitement orthodontique correcteur est souvent nécessaire pour limiter les conséquences indésirables : parodontite, déviation mandibulaire, malocclusion…

canine mesialée chez un shetland

Anomalies de structure de l’émail dentaire

Il arrive que l’émail dentaire soit de mauvaise qualité ou en quantité insuffisante. Les dents ont alors tendance à s’user trop rapidement.

Chez le chien, ces défauts peuvent résulter d’un problème in utero (infection aigue, maladie virale) subi par la mère, ou d’une maladie ou d’un choc dans le jeune âge (jusqu’à l’âge de 3/4 mois environ. Leur gravité dépend de l’intensité de l’agression, de sa durée et du stade de formation de l’émail pendant lequel l’agression est intervenue. Photo 5

L’émail n’est pas bien formée sur la dent.

Des carences alimentaires graves et des maladies générales (ex : maladie de Carré) peuvent altérer le développement de l’émail dentaire sur plusieurs, voire sur la totalité des dents. Les traumatismes dentaires, (jeux de mordant, fractures d’une dent lactéale avec exposition de la pulpe…) expliquent aussi parfois des lésions localisées de l’émail. Les dents atteintes doivent être évaluées par radiographie afin d’exclure certaines complications.

Les caries sont des lésions assez peu fréquentes chez le chien ; elle sont liées à la présence de bactéries acidifiantes qui métabolisent les glucides fermentescibles. Ce sont les talons des carnassières et les molaires qui sont les plus touchées par les caries. L’affection attaque l’émail et la dentine et peut aller jusqu’à atteindre la pulpe, provoquant une nécrose de la dent.

Conséquences des traumatismes dentaires

L’apparition d’une coloration rosée ou brunâtre sur la partie terminale de la couronne évoque fortement une affection de la pulpe dentaire. Une inflammation et/ ou une hémorragie pulpaire liée a un choc peut provoquer ce type d’anomalies. Dans certains cas, la coloration disparaît, montrant que l’inflammation a régressé et que la pulpe dentaire a cicatrisé. Si la coloration persiste ou s’accentue, ce qui est le plus fréquent, seules des radiographies dentaires permettront de savoir si la pulpe dentaire est réellement nécrosée, impliquant un traitement du canal dentaire (dévitalisation).

Chez le chien, les fractures dentaires concernent le plus souvent les carnassières (fracture en biseau) et les canines (chez les chiens de travail) photo 6. Quand la pulpe a été exposée à la suite d’une fracture dentaire, on parle de fracture dentaire compliquée. Un traitement est alors nécessaire pour contrôler l’infection.

Suivant le degré d’atteinte de la dent, (ancienneté de la fracture, présence d’un kyste ou d’un abcès, importance de la dent…), un traitement conservateur ou une extraction dentaire pourront être envisagés.

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