Kyste dentigère chez un chien.

 

Eros, un chien de race Boxer de 7 ans est présenté en consultation pour apparition d’une coloration dentaire sur le croc inférieur droit. Les propriétaires ne savent pas exactement quand la coloration est apparue, mais elle est récente et date de moins d’un mois selon leurs dires. Aucune douleur ou changement de comportement n’a été remarqué chez Eros .

 

 

Apparition d’une coloration sur la canine mandibulaire droite d’Eros ; notez l’absence de PM1.

Aspect d’un kyste dentigère chez un autre animal ; notez la déformation de la mandibule.

 

La coloration présente sur la partie terminale de la couronne est fortement évocatrice d’une pathologie de la pulpe dentaire. On peut notamment suspecter une inflammation et ou une hémorragie pulpaire liée a un choc (ou des chocs répétés), une fracture dentaire avec nécrose de la pulpe. On note également l’absence de la première prémolaire mandibulaire.

Afin de préciser le diagnostic, un examen radiographique dentaire est réalisé dans la zone suspecte (radio 1 et 2).

Radio dentaire de la zone mandibulaire droite : visualisation de deux zones circulaires radiotransparentes ; notez la présence de la prémolaire mandibulaire incluse (PM1 marquée par une étoile *)

Radio dentaire de la zone mandibulaire droite : visualisation de deux zones circulaires radiotransparentes ; notez la présence de la prémolaire mandibulaire incluse (PM1 marquée par une étoile *)

L’examen radiologique montre une lyse sévère de l’os mandibulaire centrée sur la PM1 incluse , et qui s’étend crânialement jusqu’à la zone radiculaire des incisives et qui s’étend vers la partie caudale de la mâchoire jusqu’à la pm3. L’aspect est bien délimité et une forme dentaire apparait aux marges de l’os alvéolaire : cet aspect clinique évoque fortement un kyste dentigère. Une biopsie est réalisée afin de confirmer notre diagnostic.

L’ analyse d’histo-pathologie conclut à la présence d’un tissu épithélial pavimenteux stratifié non kératinisé compatible avec le développement d’un kyste dentaire inséré dans l’os mandibulaire, conséquence de l’absence d’égression lors de la croissance du jeune chien. Ces kystes ne sont pas très agressifs par eux mêmes, mais ils peuvent engendrer des lésions très importantes de l’os adjacent.

 

Aspect du kyste dentigère après avoir récliné la gencive et enlevé les dents atteintes : notez la taille et la profondeur de la perte de substance.

 

En présence d’un tel kyste, la (ou les ) dents incluses ainsi que toute la paroi du kyste doivent être retirées. En cas d’impossibilité d’enlever la totalité de la paroi du kyste, un curetage extensif doit être réalisé. Si la perte de substance est très importante elle peut être comblée par une greffe osseuse ou l’on peut avoir recours a une technique de marsupialisation (technique chirurgicale particulière ou l’on laisse le kyste partiellement ouvert) de ce kyste afin d’éviter qu’il ne se forme à nouveau.

Après chirurgie le pronostic est bon, mais demande tout de même une observation radiologique afin d’apprécier la cicatrisation osseuse des structures maxillo-faciales périphériques et l’absence de récidive du kyste dentaire des suites d’un débridement éventuellement imparfait.

 

Dans le cas présent l’extension du kyste avait entrainé une atteinte de la pulpe de la canine, d’où la coloration dentaire apparue en l’absence de fracture visible sur la couronne. L’absence sur l’arcade dentaire d’une ou plusieurs dents (en particulier les premières prémolaires chez un chien brachychéphale) doit conduire à réaliser une radiographie dentaire. Les dents en rétention dans la mâchoire peuvent entraîner la formation d’un kyste dentigère, susceptible d’engendrer une large résorption osseuse et des lésions des dents adjacentes.

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